Volumen
Encre sur papier, grand format, 2020
Rouleau de papier Arches 350 g, 10 mètres
Œuvre présentée par HCE Galerie
Volumen est un dessin réalisé pendant le confinement de 2020, sur un rouleau de papier Arches de dix mètres de long. Il est né d’un besoin urgent : trouver de l’air dans un espace fermé, en donnant au geste du dessin une liberté que le quotidien venait de retirer.
La pièce se déploie comme une fresque. Elle ne raconte pas une histoire linéaire, mais accumule des formes, des bêtes, des corps, des signes, des mythes et des souvenirs. La ligne noire y devient un espace de survie, de fuite et de retour à soi.
Mars 2020
Aux environs de Pâques, le confinement s’épaissit, s’alourdit, à l’extérieur comme à l’intérieur. Il devient de plus en plus intrusif dans les esprits et dans les cœurs.
Pour m’en extraire, je décide d’utiliser un rouleau de papier Arches 350 g, de dix mètres. Armée de stylos BIC noirs, je commence à dessiner une bête, un gorille. Puis un autre dessin, et un autre, et encore un autre. Je dessine avec frénésie, tous les jours, en travaillant pan par pan, sur la table de cuisine ou par terre, à même la portion de papier libérée.
Une traversée
Je m’absorbe dans l’emportement de la main et du geste. Le dessin recueille les images chaotiques du monde en crise. Jour après jour, elles se relient, s’interpénètrent et s’enchaînent, suggérant des itinéraires, une sortie du chaos.
Une fois parvenue au bout du rouleau, je peux suivre ma traversée rétrospectivement. La crise y apparaît comme une épreuve de vérité : elle ouvre sur des dessins esquissés, ébauchés, achevés et pourtant toujours suspendus à un devenir.
Une gravure dessinée
Cette fresque est un dessin, mais dans mon esprit, elle fonctionne comme une gravure. Le papier épais ne laisse pas glisser le stylo : j’ai dû reprendre le trait plusieurs fois, l’inciser dans la matière.
Je ne peux pas parler de ce travail sans penser à celui de mon père, graveur, fils et petit-fils de graveur. Ses blasons et son univers héraldique ont nourri ma recherche de la « signature des choses » : créer, c’est faire apparaître dans une chose ce qui la relie à toutes les autres.
Des images en mouvement
Dans la fresque, les images transitent des constellations du ciel aux choses terrestres. Elles se propagent, s’engendrent et se transforment à mesure que le rouleau se déroule.
Des caravanes traversent le dessin : migrants, hommes d’affaires, oiseaux. Des tourbillons brassent les images et deviennent des signes de possibles sorties du chaos. La ligne noire s’esquisse depuis les ramures jusqu’aux plumes du corbeau, vers cette « sombre mélodie de la gravure ».
Volumen ne cherche pas à représenter le confinement de l’extérieur. Il cherche à en traverser l’expérience de l’intérieur : l’enfermement, la répétition, l’angoisse, mais aussi la nécessité de continuer à faire, à tracer et à inventer.
Le rouleau devient un espace de respiration. Chaque pan dessiné ouvre un peu plus le salon, prolonge le geste et repousse les murs. À la fin, la ligne noire a transformé un espace confiné en un territoire immense, habité par les images, les peurs, les mythes et les désirs d’un moment hors du temps.