Le projet Tarlatane est un atelier artistique et pédagogique mené à Tataouine, dans le sud de la Tunisie, qui propose d’explorer l’héraldique comme un langage visuel de l’identité.
Si le blason semble appartenir à un passé lointain, il interroge en réalité ce qui nous permet encore aujourd’hui de nous représenter : une famille, un lieu, une communauté, un territoire. Née dans l’Europe médiévale comme système d’identification, l’héraldique trouve des échos dans les traditions ornementales d’Afrique du Nord. Les motifs géométriques berbères, les signes de protection tribaux et les emblèmes familiaux tunisiens forment un patrimoine visuel qui fait écho à la tradition occidentale des blasons.
Le projet est né d’une rencontre à Paris avec le président de la Fondation Almadanya. Notre intérêt commun pour les métiers d’art nous a conduits à imaginer un atelier pour de jeunes participants de Tataouine, inscrit dans la mission éducative et culturelle de la Fondation, qui œuvre pour l’accès à l’éducation et à la culture dans les zones rurales tunisiennes.
L’idée était simple : partir des symboles qui nous entourent pour apprendre à les regarder autrement. Observer le blason de Tataouine, repérer les formes, les couleurs et les signes qui reviennent, puis imaginer son propre emblème. Chaque participant a choisi des éléments qui lui tenaient à cœur — sa famille, son environnement, ses souvenirs ou des motifs de la région — et les a traduits en dessin.
Le textile a été choisi comme support principal. Léger et facile à transporter, il répondait aux contraintes du déplacement international. Il faisait aussi écho aux bannières héraldiques, ainsi qu’aux traditions textiles et aux motifs berbères de la région. Des échantillons de tissus locaux ont été collectés avant l’atelier afin d’ancrer la création dans le patrimoine matériel de Tataouine.
Pendant deux journées, les participants ont alterné observation, analyse et création. Une présentation illustrée a introduit les origines de l’héraldique, ses règles de composition et ses fonctions sociales, avant une observation dirigée du blason de Tataouine. Chacun a ensuite élaboré son blason personnel, en cherchant un équilibre entre les codes héraldiques et une expression plus libre, plus intime.
La seconde journée a été consacrée à la réalisation collective d’une grande bannière. Les vingt blasons individuels ont été assemblés selon une composition discutée et validée par le groupe. Cette œuvre commune réunit des créations singulières autour de symboles partagés : la clé, les montagnes environnantes et les motifs architecturaux emblématiques de Tataouine. Elle évoque à la fois la diversité des participants et leur appartenance à un même territoire.
Les productions sont restées en Tunisie, auprès de la Fondation Almadanya et des participants. Le projet a également donné lieu à une documentation photographique, à un document de présentation destiné aux partenaires institutionnels et à des extraits vidéo.
Au-delà des œuvres réalisées, Tarlatane m’a permis d’expérimenter la médiation artistique dans un contexte interculturel. La barrière linguistique, les contraintes logistiques et le calendrier resserré ont demandé une adaptation constante, en dialogue avec les équipes locales. Ils ont aussi confirmé ce que le projet cherchait à montrer : l’héraldique peut devenir un outil vivant pour parler d’identité, de mémoire et de création collective.
Cette expérience a enrichi mon propre langage visuel. Elle m’a rappelé que transmettre, c’est aussi apprendre à regarder autrement les symboles, les lieux et les histoires qui nous entourent.