Série noire
Huiles sur toile, Dakar, Sénégal, 2006
Exposée à l’Institut français de Dakar et sélectionnée au Salon des artistes sénégalais
Série noire est une série de peintures à l’huile réalisée à Dakar en 2006. Elle est née de l’écoute régulière des reportages diffusés à la radio RFI, qui relayaient alors le phénomène tragique des départs clandestins vers les îles Canaries.
Face à la répétition de ces témoignages et de ces récits, j’ai voulu mettre en images cette réalité. La série interroge la manière de représenter un sujet aussi difficile, sans reproduire les images spectaculaires ou tragiques largement diffusées par les médias.
Écouter, puis peindre
En 2006, les reportages sur les départs en pirogue vers les Canaries se succédaient à la radio. Les témoignages évoquaient des traversées éprouvantes, des embarcations surchargées et des disparitions en mer.
Ces récits radiophoniques, sans images, ont laissé place à l’imagination. C’est à partir de cette écoute que la série s’est construite : non pas en illustrant une actualité, mais en cherchant une forme picturale capable de rendre présente cette réalité.
La mer et la nuit
Mes premières recherches se sont portées sur la représentation de la mer. Les encres de Victor Hugo ont été une référence importante : leur manière de faire émerger des formes, des mouvements et des présences à partir de la couleur et de la matière.
J’ai ensuite choisi de représenter la nuit, le moment précis des départs clandestins. La nuit devient ici un espace de peinture : sombre, indécis, où les formes apparaissent par fragments.
J’ai fait le choix de ne représenter aucune figure, aucun corps. Ce retrait était une manière de respecter la gravité du sujet et d’éviter de reproduire les images tragiques relayées par les médias.
L’embarcation comme figure
Dans la série, l’embarcation devient la figure centrale. À l’origine destinée à la pêche, elle change de fonction à la nuit tombée. Elle quitte son usage quotidien pour devenir le support d’une traversée clandestine, vers une route dangereuse et incertaine.
Cette embarcation porte des rêves, des espoirs et l’idée d’une vie meilleure. Elle est à la fois un objet banal, lié au travail et à la mer, et le lieu d’un basculement : celui du départ, de l’attente et du risque.
En la plaçant au centre des toiles, sans représenter les corps, la peinture laisse une place à l’imagination. La présence humaine reste implicite, suggérée par la fonction même de l’embarcation et par la nuit qui l’entoure.
Série noire interroge la responsabilité de l’artiste face à une actualité qui parle aussi d’une tragédie humaine. Comment choisir ce que l’on montre ? Comment représenter un événement médiatisé sans céder au sensationnel relayé par certains médias ?
L’absence de figures humaines renvoie à toutes les personnes disparues en mer, à celles dont il ne reste souvent ni image ni trace. Cette absence n’est pas un effacement : elle devient une présence silencieuse, qui interpelle le regard.
En choisissant la nuit, la mer et l’embarcation comme figure centrale, la série cherche à déplacer l’attention. Elle ne montre pas la migration comme un spectacle, mais interroge ce que nous décidons de voir — et ce que les images nous empêchent parfois de ressentir et comprendre.