Cirque
Série de monotypes dessinés — huile et encre, 2016
Exposition personnelle à l’Espace des Cascades, TOHU, Montréal
Cirque est une série d’estampes dessinées inspirée de l’univers circassien, des années 1930 et du film Freaks de Tod Browning. Elle raconte le monde du cirque : la troupe, l’acrobate, la femme monstre, l’exploit du corps, la gueule du fauve, l’équilibre et le danger.
La série a été exposée pendant plusieurs mois au cœur de la Cité des arts du cirque de Montréal, à la TOHU.
Le cirque des années 1930 est aussi un lieu où se joue la place des personnes dites « différentes » dans la société. Les troupes ambulantes accueillent des artistes, des familles et des figures souvent rejetées ailleurs : personnes de petite taille, personnes au corps atypique, artistes de genre, familles marginalisées ou nomades. Le cirque devient alors un espace paradoxal : il exploite parfois la différence, mais il offre aussi un cadre de travail, une communauté et une visibilité à ceux que la société rejette.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la référence à Tod Browning et à son film Freaks (1932). Browning donne une place centrale aux personnes au corps atypique, non comme des objets de curiosité, mais comme des personnages à part entière. Son regard interroge la frontière entre normalité et marginalité, entre ce que la société accepte et ce qu’elle exclut.
Le cirque des années 1930 repose aussi sur la présence des animaux. Lions, éléphants, chevaux et singes participent du spectacle, mais leur place interroge la relation entre domination et domestication. L’animal est à la fois partenaire de scène, objet de fascination et symbole de force. Sa présence renvoie à une époque où la frontière entre spectacle et exploitation est moins questionnée qu’aujourd’hui.
Dans la série, les motifs animaux ne sont pas seulement décoratifs. Ils deviennent des figures du rapport entre corps, pouvoir et liberté. Ils renvoient à une histoire où le cirque met en scène la maîtrise du vivant, tout en révélant la vulnérabilité de ceux qu’il expose.
Le cirque devient alors une métaphore de l’équilibre, du danger et de la liberté. Il met en scène des corps qui défient la gravité, des figures qui vivent en marge, des animaux qui portent le poids du spectacle. Il révèle une société où la différence est à la fois attirée et repoussée, exposée et protégée.
Dans la série, cette dimension historique et sociale nourrit les motifs du cirque. Les corps, les animaux et les figures marginales ne sont pas seulement des sujets : ils deviennent des traces d’une époque où le cirque interroge la place de chacun dans la société.