Botanique — Exposition personnelle

TOHU, Montréal, Canada, 2022
Carte blanche sur le thème de la Terre

Botanique est une exposition personnelle conçue pour l’Espace des Cascades de la TOHU, à Montréal. Réalisée dans le cadre d’une carte blanche sur le thème de la Terre, elle propose de regarder autrement le monde végétal : ses structures, ses rythmes, ses formes ordinaires et sa fragilité.

Le projet est né d’une rencontre avec la TOHU en 2015. Véritable cité des arts du cirque, la TOHU est aussi un lieu engagé autour de trois piliers : le cirque, la terre et l’humain. Son bâtiment, premier édifice vert certifié LEED Or au Québec, et son ancrage dans le quartier Saint-Michel en font un lieu où les questions culturelles, sociales et environnementales se rejoignent.

Après une première exposition de monotypes dessinés en 2016, la TOHU m’a proposé en 2019 une carte blanche sur le thème de la Terre. Botanique est le projet qui en est issu.

Regarder le végétal

Le projet s’est développé parallèlement à la montée des préoccupations climatiques. L’idée était de concevoir, depuis la France, une exposition complète explorant notre rapport au monde végétal, tout en sensibilisant le public aux enjeux environnementaux.

Le choix du papier comme unique support était porteur de sens. Utiliser un dérivé végétal pour représenter le monde végétal crée une continuité entre le sujet et le médium. Il soulève aussi, implicitement, la question de la transformation industrielle des ressources naturelles.

Les techniques d’encre, de fusain et de peinture ont permis de traduire la délicatesse et la diversité des structures végétales. Le travail oscille volontairement entre précision scientifique et interprétation poétique. Cette approche s’inspire des recherches du botaniste Francis Hallé, pour qui l’observation rigoureuse et la sensibilité esthétique peuvent se renforcer mutuellement.

La palette, dominée par des tons naturels, dialogue avec les travaux d’artistes comme Georgia O’Keeffe ou Karl Blossfeldt, qui ont révélé la dimension abstraite et architecturale des formes végétales. L’exposition cherchait ainsi à montrer à la fois la structure botanique et sa dimension symbolique, en invitant le visiteur à porter un regard nouveau sur une nature ordinaire souvent ignorée.

Concevoir à distance

Le projet s’est déroulé en quatre phases : recherche, conception, réalisation et installation.

La recherche s’est construite à partir de l’observation directe de la nature environnante — mon jardin et la forêt voisine —, de références artistiques historiques comme Dürer, Van Gogh et Redouté, et de travaux scientifiques contemporains, notamment ceux de Francis Hallé et Hubert Reeves.

La conception a demandé plusieurs mois. Comme l’espace d’exposition n’était pas directement accessible depuis la France, il a fallu imaginer le parcours et l’accrochage « à l’aveugle », en projection mentale et en dialogue étroit avec les équipes locales.

La réalisation a alterné grands formats expressifs et petits formats plus précis. Cette variation d’échelles reflète l’idée que comprendre un sujet suppose de changer de perspective, du macroscopique au microscopique.

L’installation a enfin nécessité l’invention de solutions d’emballage et d’accrochage adaptées au transport international d’œuvres sur papier de grand format. Le projet a également été marqué par deux reports liés à la crise sanitaire, ainsi que par des ajustements techniques de dernière minute lors de la mise en place.

L’exposition

L’exposition finale réunit soixante œuvres de formats variés. Le parcours propose une immersion progressive dans le monde végétal, de la représentation quasi scientifique à l’abstraction lyrique.

Cette diversité d’approches offre plusieurs niveaux de lecture. Chaque visiteur peut construire son propre rapport aux œuvres, qu’il s’agisse d’une attention portée aux formes, d’une réflexion sur la biodiversité ou d’une expérience plus contemplative.

Plusieurs visiteurs ont souligné la dimension méditative de l’exposition. Cette réaction confirme l’idée que la contemplation esthétique peut aussi être une forme d’engagement écologique : en modifiant notre rapport sensible au monde naturel, elle peut faire émerger une attention nouvelle au vivant.

Les ateliers

L’exposition s’est doublée d’une dimension pédagogique, avec quinze ateliers animés auprès d’environ trois cents élèves des quartiers nord de Montréal.

Conçus avec le service de médiation culturelle de la TOHU, les ateliers alternaient observation et expérimentation plastique. Leur principe central était simple : l’observation sensible comme fondement d’une démarche à la fois artistique et scientifique.

La première séquence s’appuyait sur le film d’animation Story of Flowers, réalisé par Azuma Makoto, qui présente en quelques minutes le cycle des fleurs. Les échanges qui suivaient permettaient d’aborder notre rapport à l’univers végétal.

Les élèves observaient ensuite des représentations de végétaux, en repérant les nervures, les textures et les motifs de croissance. Des croquis rapides leur permettaient de constituer progressivement un répertoire de formes et de structures.

La dernière séquence était consacrée à la création d’un jardin botanique en pop-up. Après une démonstration des principes de base, chaque élève expérimentait des solutions techniques adaptées aux formes végétales observées. Les matériaux — papiers de récupération, copies de spécimens botaniques, colle et ciseaux — faisaient écho aux œuvres exposées.

Les créations individuelles ont ensuite été assemblées en un jardin botanique tridimensionnel collectif, exposé dans les écoles puis lors d’une visite à la TOHU. Ce dialogue entre la création des élèves et l’exposition principale prolongeait le projet au-delà du lieu d’exposition.

Botanique m’a permis de développer une pratique o création, recherche et transmission se nourrissent mutuellement. Il a mobilisé des compétences artistiques, conceptuelles, organisationnelles et pédagogiques : composition à grande échelle, narration visuelle, gestion logistique internationale, médiation interculturelle et conception d’ateliers sur mesure.

Avec le recul, je vois aussi ce que le projet aurait pu approfondir : une participation plus intégrée à l’exposition elle-même, ainsi qu’une contextualisation plus fine du rapport au végétal au Québec, notamment en lien avec les savoirs autochtones.

Cette expérience a fait du monde végétal un axe majeur de ma recherche artistique. Elle a également renforcé ma conviction que l’art peut être un vecteur de sensibilisation écologique, particulièrement auprès des jeunes publics. La transmission n’est pas séparée de la création : elle en fait partie.

Atelier d’art avec de nombreuses peintures abstraites exposées aux murs et étalées sur une grande table, ainsi qu’une chaise en plastique verte.

Vue d’atelier, travail de recherche sur l’exposition Botanique, Montreuil 2022.

Installation d’une exposition dans une galerie d’art, avec de grandes œuvres végétales au sol et au mur, tandis qu’un technicien travaille sur une échelle.

Accrochage de l’exposition espace des Cascades, TOHU, 2002

Élève tenant un herbier en papier devant un tableau de classe affichant du vocabulaire français sur la nature et les animaux.

Atelier réalisé dans une école du quartier Nord de Montréal, 2022.