Portrait animal

Série en cours — encre, dessin et gravure
Oiseaux réels et imaginaires

Portrait animal est une série de dessins, d’encres et de gravures consacrée aux oiseaux, réels et imaginaires. Elle interroge la manière dont nous représentons les êtres vivants, alors même que beaucoup d’entre eux disparaissent de nos paysages et de notre quotidien.

Le point de départ du projet est la découverte des estampes de l’artiste inuite Kenojuak Ashevak. Ses oiseaux m’ont d’abord séduite par leur force plastique : les formes simples, les couleurs franches, la présence presque magique des animaux. Puis, en cherchant à mieux connaître son histoire, j’ai découvert le contexte dans lequel cette femme graveur a travaillé. Son œuvre a pris pour moi une autre résonance.

Voir, représenter, disparaître

Les oiseaux de Kenojuak Ashevak m’ont fait apparaître une question qui traverse aujourd’hui toute la série : que reste-t-il d’un être vivant lorsqu’il n’est plus là, sinon l’image que nous en gardons ?

Représenter un animal, ce n’est pas seulement le montrer. C’est aussi le faire exister autrement, par le trait, la matière, le contraste. Mais c’est peut-être aussi reconnaître une absence : celle des espèces qui reculent, se font rares ou disparaissent silencieusement.

Cette réflexion fait écho à Printemps silencieux de Rachel Carson, publié en 1962. Dans ce livre, la scientifique alerte déjà sur les conséquences des pesticides sur les oiseaux et sur la biodiversité. Le « printemps silencieux » qu’elle décrit est celui d’un monde où les chants ont disparu.

Il dialogue également avec Habiter en oiseau de Vinciane Despret. La philosophe y invite à déplacer notre regard : ne pas seulement observer les oiseaux de l’extérieur, mais chercher à comprendre leurs manières d’habiter le monde, leurs attentions, leurs territoires et leurs façons d’être au vivant. Cette approche rejoint l’intention de la série : ne pas représenter l’oiseau comme un simple objet de contemplation, mais comme une présence sensible, dotée d’un monde propre.

Entre ombre et lumière

Les œuvres se construisent à partir de l’observation, mais aussi de l’imaginaire. Certains oiseaux sont réels, observés dans les jardins, les parcs ou les campagnes. D’autres deviennent progressivement des formes hybrides, des présences fantomatiques, des oiseaux qui semblent venir d’un autre temps.

L’encre, le dessin et la gravure permettent de jouer avec ces états intermédiaires. Le trait peut être précis, presque documentaire, puis se transformer en tache, en ombre ou en silhouette. La matière noire devient un espace où l’animal apparaît et disparaît.

5 h 15

Parmi les pièces de la série, le portrait du merle réalisé en manière noire occupe une place particulière. Il s’intitule 5 h 15, en référence à l’heure à laquelle son chant se fait entendre au printemps.

Entre la pénombre et l’aube, le merle est souvent le premier à se faire entendre. Son chant marque le passage de la nuit au jour. Le choix de la manière noire, technique de gravure fondée sur les noirs profonds et les lumières progressivement révélées, accompagne cette idée : faire émerger une présence à partir de l’obscurité.

Le portrait ne cherche pas seulement à ressembler à l’oiseau. Il cherche à saisir ce moment fragile où le monde se réveille, avant que le silence ne s’installe.

Ce que la série cherche

Portrait animal est une recherche sur la représentation du vivant. Elle interroge le pouvoir de l’image : comment une forme gravée, dessinée ou encrée peut-elle nous faire sentir la présence d’un être, et parfois son absence ?

En mêlant observation, mémoire et imaginaire, la série propose une autre manière d’habiter le monde animal. Elle cherche à réactiver une attention aux oiseaux, à leurs chants et à leur fragilité, dans un paysage où leur présence devient de plus en plus incertaine.